Une équipe conjointe de l’Université de Genève (UNIGE) et de l’Université de Lausanne (UNIL) a analysé le sérum sanguin de 39 centenaires âgés de 100 à 105 ans (85% de femmes), comparé à celui de 59 octogénaires et de 40 adultes de 30 à 60 ans.
Au total, 724 protéines ont été mesurées, dont 358 marqueurs inflammatoires et 366 marqueurs cardiovasculaires. Parmi elles, 37 présentent un profil d’expression plus proche de celui des 30–60 ans que des octogénaires.
Moins de stress oxydatif
Les différences les plus nettes concernent cinq protéines liées au stress oxydatif. Les centenaires présentent des niveaux plus faibles de protéines antioxydantes clés – un résultat qui a surpris les scientifiques:
«De prime abord, cela semble contre-intuitif, mais en réalité, cela indique que comme le niveau de stress oxydatif est nettement inférieur chez nos centenaires, ils et elles ont donc moins besoin de produire des protéines antioxydantes pour s'en défendre»,
explique Karl-Heinz Krause de la Faculté de médecine de l’UNIGE qui a dirigé le volet biologique de l’étude.
D’autres différences portent sur:
- des protéines régulant la matrice extracellulaire,
- des marqueurs inflammatoires, dont l’interleukine-1 alpha,
- des protéines impliquées dans le métabolisme lipidique.
Enfin, la protéine DPP-4, enzyme qui dégrade le GLP-1, est bien conservée chez les centenaires, ce qui pourrait les protéger contre l’hyperinsulinisme et le syndrome métabolique.
«Il s’agit là d’un mécanisme contre-intuitif suggérant que les centenaires conservent un bon équilibre glucidique sans avoir besoin de produire beaucoup d’insuline», Flavien Delhaes, UNIGE.
À long terme, ces résultats pourraient ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques afin de lutter contre la fragilité de la population âgée. En attendant, les chercheurs insistent sur l’importance d’un mode de vie sain: «La part génétique de la longévité n’étant que d’environ 25%, le style de vie pendant la vie adulte constitue un levier puissant: nutrition, activité physique, contacts sociaux».