Diabète de type 1: vers un dépistage pédiatrique ciblé

Identifier plus tôt les enfants à risque sans multiplier les tests inutiles: telle est l'ambition d’un modèle combinant génétique et auto-anticorps, mis au point à Genève par Lauric Ferrat. Medinside l'a interrogé sur les implications pour la pratique clinique.

, 24 février 2026 à 23:20
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Image symbolique: isens usa / Unsplash
Le diabète de type 1 évolue souvent silencieusement chez l’enfant. Dans certaines régions, jusqu’à 60% des jeunes patients présentent une acidocétose diabétique (ACD) au moment du diagnostic – une complication aiguë pouvant engager le pronostic vital et générer des coûts hospitaliers importants.
  • Leiria, G., McQueen, R.B., Jackson, C. et al.: «Development of a Patient-Level Multi-objective Optimisation Model for Screening Strategies for Childhood Type 1 Diabetes», dans: «PharmacoEconomics», février 2026. DOI: 10.1007/s40273-025-01581-1
Dans «PharmacoEconomics», une équipe internationale propose un nouveau modèle informatique simulant le parcours de 100’000 enfants. Plutôt que de tester une stratégie après l’autre, leur approche repose sur une optimisation multi-objectif visant à équilibrer trois paramètres: réduire les ACD au diagnostic, limiter le nombre de tests et de consultations, et maintenir un rapport coût-efficacité acceptable.

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Lauric Ferrat est collaborateur scientifique spécialisé en génétique du diabète de type 1 et de type 2. Diplômé de l’ENSAI, il a obtenu un doctorat en mathématiques à l’Université d’Exeter (Royaume-Uni).
Ses travaux portent sur la prédiction du diabète à partir de grandes bases de données, en combinant scores de risque génétique, auto-anticorps et méthodes statistiques ou d’apprentissage automatique.
Les résultats montrent que certaines stratégies de dépistage ciblées pourraient réduire les complications graves au moment du diagnostic. Medinside a posé trois questions à l'auteur principal Lauric Ferrat de la Faculté de Médecine de l'Université de Genève sur les implications de son étude sur la pratique clinique.
Lauric Ferrat, une stratégie combinant risque génétique et auto-anticorps vous semble-t-elle réaliste en pratique clinique?
Un consensus international émerge pour le dépistage du diabète de type 1 chez l’enfant. Bien que certaines approches se limitent aux tests d’anticorps (nécessitant un dépistage répété de toute la population, avec des coûts et une charge de travail accrus pour les pédiatres), l’intégration de la génétique gagne en pertinence.
Bien qu’en suisse aucune stratégie combinée ne soit encore en place, les preuves s’accumulent: la génétique optimise le dépistage, comme le montrent des travaux récents (1, 2) indiquant que les individus à haut risque génétique devraient être dépistés jusqu’à 9 ans plus tôt que les autres.
«Les preuves s’accumulent: les individus à haut risque génétique devraient être dépistés jusqu’à 9 ans plus tôt que les autres.»
À Genève, Valérie Schwitzgebel (Hôpitaux Universitaires de Genève) développe actuellement un score de risque génétique destiné à être utilisé dans le cadre du dépistage. Une réflexion est en cours afin d’évaluer la faisabilité d’un dépistage intégrant l’analyse du risque génétique et, pour les enfants présentant un risque élevé, un dépistage des anticorps.
Vos résultats sont-ils transposables à un système de santé comme celui de la Suisse?
Nos résultats sont en partie transposables à la Suisse. Grâce à une bourse de la Fondation pour la Recherche sur le Diabète, je travaille actuellement à leur adaptation au contexte suisse. L’un des défis majeurs réside dans l’estimation des coûts spécifiques à la Suisse, afin d’identifier des leviers d’optimisation adaptés au modèle helvétique plutôt qu’au modèle américain. Malgré des différences d’incidence selon l’âge, les stratégies proposées restent robustes et devraient s’appliquer efficacement en Suisse.
Quel serait, selon vous, l’impact organisationnel pour les pédiatres de premier recours?
Dans les stratégies de dépistage présentées, plus de trois enfants sur quatre n’auraient pas besoin d’être dépistés. Pour le dernier quart, une prescription d’anticorps serait nécessaire, et les résultats positifs devraient être expliqués aux familles. Cet effort supplémentaire est à mettre en balance avec le bénéfice majeur d’identifier précocement les enfants à risque de diabète de type 1, évitant ainsi les complications liées à la «cétacidose acidocétose» diabétique et permettant une prise en charge précoce, associée à une réduction des complications à long terme.
  • soins aigus
  • Diabète
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