Stress chronique: les chirurgiens paient un lourd tribut

Une vaste étude menée aux États-Unis révèle que les chirurgiens présentent une mortalité plus élevée que leurs collègues d’autres disciplines. En cause: le stress, la fatigue et des rythmes de travail extrêmes.

, 8 septembre 2025 à 23:00
dernière mise à jour le 30 janvier 2026 à 08:22
image
Les chirurgiens ont-ils plus de stress que les autres médecins? | Image symbolique: ali studio / Unsplash
Aux États-Unis, le taux de mortalité des chirurgiens s'avère nettement plus élevé que celui des autres médecins. C'est ce que révèle une récente analyse du US National Vital Statistics System pour l'année 2023. L'étude a porté sur plus d'un million de décès survenus chez des personnes âgées de 25 à 74 ans, dont 224 chirurgiens.
  • Patel VR, Stearns SA, Liu M, et al. : «Mortality among surgeons in the United States», dans : «JAMA Surgery», juillet 2025.
  • Doi:10.1001/jamasurg.2025.2482
Le taux de mortalité ajusté en fonction de l'âge et du sexe était de 355,3 pour 100'000 personnes chez les chirurgiens, contre 228,4 pour 100'000 chez les autres médecins. Cela correspond à un taux de mortalité relatif de 1,56.

Les principales causes de décès

  • Le cancer arrive largement en tête chez les chirurgiens, avec une incidence deux fois plus élevée que chez les non-chirurgiens (193,2 contre 87,5/100'000).
  • Les maladies cardiaques, l'hypertension artérielle et les accidents vasculaires cérébraux sont également plus fréquents.
  • Les accidents de la route et les actes de violence représentent une autre part importante des décès chez les chirurgiens.
Ces derniers affichent toutefois des taux moindres pour certaines causes de décès: le diabète, les maladies respiratoires et la septicémie sont à l'origine de moins de décès chez eux que chez les autres médecins. Selon les scientifiques, le suicide figure toutefois parmi les cinq principales causes de décès dans les deux groupes.

Les chirurgiens négligent-ils la prévention?

«Il est paradoxal que des personnes ayant des connaissances médicales approfondies puissent néanmoins être victimes de maladies évitables ou traitables», souligne Robert Uzzo, urologue et CEO du Fox Chase Cancer Center de Philadelphie, en commentant l'étude.
Dans «Renal + Urology News», il cite les longues heures de travail, le stress et les horaires irréguliers comme causes possibles de la mortalité liée à l'hypertension artérielle. Le manque de sommeil et le stress affectent également le temps de réaction et la prise de décision, ce qui pourrait expliquer le risque accru d'accidents de la route mortels.
«La réalité est que de nombreux chirurgiens négligent leur propre santé en raison d'horaires de travail exigeants et d'obligations liées aux soins des patients», explique Uzzo. Cela entraîne également des retards dans les examens préventifs et un suivi insuffisant par le médecin généraliste.
Point néanmoins encourageant: par rapport aux juristes, aux ingénieurs et aux scientifiques, dont le niveau d'éducation et les revenus sont similaires, la mortalité des chirurgiens était légèrement inférieure (404,5/100'000), et nettement inférieure à celle du reste de la population active (632,5/100'000).
  • monde du travail
  • Chirurgie
  • Taux de mortalité
  • Recherche
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Médecins de famille: les fermetures de cabinet n'ont pas le même impact partout

Là où les praticiens se font rares, chaque fermeture de cabinet laisse une empreinte profonde. Dans d'autres régions, ce sont au contraire des effets inattendus qui se dessinent.

image

HFR sous tension, les syndicats du personnel alertent: «jusqu'où va-t-on tirer sur la corde?»

Grippe, accidents, mesures d’économies: pour le SSP Fribourg, le risque d’épuisement professionnel est réel. Pourtant, un hôpital public devrait pouvoir gérer l’hiver sans provoquer «une crise organisationnelle».

image

Pourquoi une sieste booste la mémoire et la concentration

Au fil de la journée, les connexions neuronales se saturent, freinant l’apprentissage. Des chercheurs suisses et allemands le démontrent: une sieste aide le cerveau à se régénérer.

image

Hypertension: un patient sur trois ne prend jamais sa tension

La mesure de la pression artérielle à domicile, pourtant recommandée par les lignes directrices, s'avère trop contaignante pour un tiers des patients. C'est le résultat d'une étude de cohorte américaine.

image

Quand la mimique devient source d’incompréhension

Colère, joie ou tristesse ne se manifestent pas de la même manière sur tous les visages, en particulier entre adultes autistes et non autistes: des différences d’expression faciale qui sont parfois source de malentendus.

image

Solange Peters, de nouveau distinguée à l’international

La cheffe du Département d’oncologie du CHUV s’illustre une fois de plus sur la scène scientifique mondiale et prend la troisième place du classement «Highly Ranked Scholars» pour ses recherches sur le cancer du poumon.

Du même auteur

image

Covid-19: le rein révèle le risque de décès dès l’hospitalisation

Chez des patients hospitalisés pour une pneumonie Covid-19 peu sévère, des biomarqueurs de lésion rénale subclinique, mesurés dès l’admission, permettent d’anticiper le risque de mortalité à 90 jours. C'est ce que montre une étude française.

image

Un robot à quatre pattes pour aider les personnes malvoyantes

Une équipe de l'ETH Zurich a conçu un «robodog» autonome capable d'assister les personnes en situation de handicap visuel. Il se déplace, monte les escaliers et évite les obstacles.

image

L’IA décrypte le langage du sommeil – et prédit les risques de maladie

Un nouveau modèle d’intelligence artificielle analyse les signaux physiologiques d’une seule nuit de sommeil et permet d’estimer le risque de 130 maladies – des pathologies cardiovasculaires à la démence.