Lien potentiel entre TDAH et risque accru de démence

Une étude menée par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Université de Genève met en évidence, chez des adultes atteints de TDAH, des altérations cérébrales similaires à celles observées dans les premiers stades de la démence.

, 25 mars 2025 à 17:00
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Image: Robina Weermeijer/Unsplash
Une récente étude menée par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Université de Genève (UNIGE) contribue à combler une lacune importante dans la recherche sur les maladies neurodégénératives: par quels mécanismes le TDAH – trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité – pourrait-il être associé à un risque accru de démence?
Un sujet d’autant plus pertinent que le TDAH est un trouble relativement fréquent, tandis que les démences liées à l’âge touchent près de 10 millions de personnes chaque année, selon les statistiques de l’OMS (2023). La maladie d’Alzheimer représente à elle seule environ 60 à 70% de ces cas.
«Des études épidémiologiques récentes montrent que les adultes atteints de TDAH ont un risque plus élevé de développer une démence à un âge avancé, mais le mécanisme sous-jacent reste mal compris», explique Paul Unschuld, médecin-chef du Service de psychiatrie gériatrique des HUG, professeur associé au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE, et initiateur de l’étude.
  • Berberat, Jatta, Sonja M. Kagerer, Claudia Späni, Jun Hua, Francesco Bavato, Philipp Gruber, Peter CM van Zijl et al. «Brain iron load and neuroaxonal vulnerability in adult attention‐deficit hyperactivity disorder» dans «Psychiatry and Clinical Neurosciences», février 2025
  • DOI: 10.1111/pcn.13806
Publiée dans la revue «Psychiatry and Clinical Neurosciences», cette étude a été menée en Suisse auprès de 32 adultes âgés de 25 à 45 ans atteints de TDAH, comparés à 29 témoins sains du même âge.
Les chercheurs se sont penchés sur deux biomarqueurs bien établis dans l’étude des processus cérébraux dégénératifs comme la démence ou les premiers stades de la maladie d’Alzheimer: une concentration accrue de NfL (neurofilament à chaîne légère) dans le sang, et une accumulation excessive de fer dans certaines régions du cerveau.
Pour les analyser, l’équipe a utilisé une technique d’imagerie cérébrale de pointe: la cartographie quantitative de susceptibilité (QSM) par IRM, qui permet de détecter les dépôts de fer dans les tissus cérébraux. Parallèlement, les taux sanguins de NfL ont été mesurés.

Dépots de fer et taux de NfL élevés

Les résultats montrent que les patients atteints de TDAH présentaient davantage de dépôts de fer dans leur cortex précentral et d’autres régions cérébrales, ainsi que des taux plus élevés de NfL dans le sang que les sujets témoins.
Des modifications comparables à celles observées chez les personnes souffrant de démence. «Une surcharge en fer dans certaines zones du cerveau est souvent constatée et s’accompagne d’un stress oxydatif accru, susceptible de favoriser la dégénérescence neuronale», souligne Paul Unschuld.
Quant au NfL, il s’agit d’un marqueur reconnu de l’intégrité des axones, ces prolongements des neurones essentiels à la transmission de l’influx nerveux. Des niveaux élevés de NfL dans le sang signalent ainsi de possibles atteintes axonales.
Ces deux marqueurs pourraient indiquer une pathologie neurodégénérative sous-jacente et un risque accru de démence.
Paul Unschuld reste cependant prudent: «Des études longitudinales supplémentaires seront nécessaires pour déterminer si la réduction du fer cérébral pourrait constituer une piste thérapeutique visant à prévenir la démence chez les personnes atteintes de TDAH.»
À noter enfin que 59,4% des participants avec TDAH recevaient un traitement à base de méthylphénidate ou de dexamphétamine. Un effet potentiel de ces médicaments sur les niveaux de fer et de NfL ne peut être exclu, et constitue une limite de l’étude.
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