Gardes trop rapprochées: facture salée pour la santé et le porte-monnaie

Selon une étude norvégienne réalisée auprès du personnel hospitalier, un temps de repos inférieur à onze heures entraîne davantage de congés maladie et fait grimper les coûts.

, 7 octobre 2025 à 22:21
dernière mise à jour le 28 novembre 2025 à 15:57
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Image symbolique: Vladislav Muslakov sur Unsplash
Lorsque moins de onze heures séparent deux gardes, la situation devient délicate. En Suisse, la loi impose en principe un repos quotidien d’au moins onze heures consécutives entre deux périodes de travail. Elle autorise toutefois une réduction à huit heures une fois par semaine pour les travailleurs adultes, à condition que la moyenne de onze heures soit respectée sur deux semaines. Or, chacun sait que la réalité hospitalière s’éloigne souvent de ces principes.
Une étude menée en Norvège s’est penchée sur les conséquences du non-respect de telles règles: impact sur la santé du personnel hospitalier, mais aussi coûts financiers engendrés.
Ingebjørg Louise Rockwell Djupedal, Anette Harris, Erling Svensen et al: «Shift Schedule With Fewer Short Daily Rest Periods and Sickness Absence Among Health Care Workers. Al Cluster Randomized Clinical Trial», dans: «JAMA Network Open», septembre 2025. DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2025.31568
L’équipe de chercheurs, issue de plusieurs universités et cliniques universitaires de Bergen et d’Oslo, s’est intéressée à une question précise: un planning mieux conçu permet-il de réduire les absences pour maladie en limitant les «courtes pauses» entre les gardes?
Pour répondre à cette question, Ingebjørg Louise Rockwell Djupedal, Anette Harris et leurs collaborateurs ont mené une étude randomisée par grappes auprès de 66 services hospitaliers, regroupant 811 employés – majoritairement des femmes, avec un âge moyen légèrement inférieur à 40 ans.
Pendant six mois, l’un des groupes a suivi un planning comportant beaucoup moins de pauses inférieures à 11 heures, tandis que l’autre groupe a conservé son planning habituel. Résultat: le premier groupe a enregistré nettement moins d'absences pour maladie.
En évaluant ensuite l’impact financier, les chercheurs ont conclu qu’un système limitant les pauses trop courtes pourrait représenter un gain d’environ 190'000 francs (l'équivalent de 2,2 millions couronnes norvégiennes) sur cinq mois. En outre, ce nouveau planning a été particulièrement bien accueilli par les employés.

Shift Schedule With Reduced Number of Short Daily Rest Periods on Sickness Absence Among Healthcare Workers

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Source: Djupedal ILR, Harris A, Svensen E, et al., 2025
Les résultats obtenus en Norvège confirment ainsi les travaux antérieurs: des périodes de repos trop courtes entre les gardes augmentent le taux d’absentéisme.
Il n’est toutefois pas certain qu’une suppression totale de ces «short daily rest periods» apporterait des bénéfices supplémentaires. Certaines données suggèrent une relation non linéaire: malgré les risques pour la santé, de brèves interruptions ponctuelles pourraient aussi présenter certains avantages – comme des horaires plus flexibles, des périodes de loisirs plus longues ou une meilleure continuité dans la prise en charge des patients.
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