Le CHUV lance une cellule contre le harcèlement sexuel

À la suite d’un reportage révélant des dysfonctionnements dans les hôpitaux, le CHUV réagit. L’Hôpital universitaire de Lausanne annonce une série de mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel et moral.

, 28 février 2025 à 09:15
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Un reportage de l’émission «Temps Présent» de la «Radio-Télévision Suisse» (RTS) a récemment mis en lumière de nombreux dysfonctionnements au sein des hôpitaux de Suisse romande. Jeux de pouvoir et chantage sexuel prospèrent dans un climat de silence, selon l’enquête. Face à ces révélations, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a réagi en réaffirmant sa politique de «tolérance zéro» contre le harcèlement sexuel et moral.
Invité sur le plateau de la RTS, le CHUV a annoncé de nouvelles mesures de prévention qui devraient être mises en place dès cet été. Parmi elles:
  • la création d’une cellule dédiée au personnel, accessible via une ligne téléphonique,
  • des enquêtes anonymes sur le climat de travail,
  • ainsi que des investigations systématiques.
Une collaboration avec la cellule d’investigation de la chancellerie d’État de Vaud est également envisagée.
Pourtant, dès 2018, l’établissement affirmait déjà appliquer une «tolérance zéro». Interrogé à ce sujet par la RTS, Gianni Saitta, directeur des opérations ad interim du CHUV, reconnaît des lacunes: «Les objectifs étaient clairs, mais les processus internes n’étaient pas suffisamment structurés pour garantir une réponse rapide et efficace. C’est ce que nous devons corriger aujourd’hui.»
La nouvelle cellule de signalement, rattachée à la direction générale du CHUV, devra permettre une meilleure prise en charge des plaintes. Cependant, elle devra également pouvoir contourner la direction si celle-ci ne prend pas les mesures appropriées, précise Saitta.

L’indépendance des dispositifs en question

Certaines voix réclament des ajustements. La députée PLR vaudoise Élodie Golaz Grilli, interrogée par la RTS, plaide pour une externalisation complète de la ligne d’appel afin de garantir un climat de confiance aux employés. Elle a déposé un postulat au Grand Conseil vaudois demandant également un audit externe.
La RTS souligne par ailleurs le retard d’un an dans le traitement d’une enquête sur des faits de harcèlement, impliquant une quinzaine de plaintes dans un service. Pourquoi une telle attente? interroge la chaîne. «Une personne mise en cause est toujours en poste et peut encore influer sur la carrière de celles et ceux qui ont témoigné: est-ce normal?» questionnent les journalistes. Saitta répond que, sur les quatre cas évoqués dans le reportage, une personne a quitté l’établissement, tandis que les autres font l’objet d’investigations. Il insiste sur la nécessité de rassembler suffisamment d’éléments avant toute sanction.

Lutter contre l’impunité

Au-delà des procédures, le problème semble également être d’ordre culturel. «La culture devra changer à travers les cadres en place», souligne Saitta. Or, la question des sanctions est centrale: comment libérer la parole si les auteurs ne sont pas inquiétés? Saitta précise: «Il faut aussi mettre en place des garde-fous pour que la carrière d'une personne, tant la carrière académique que professionnelle ne soit pas entre les mains d'une seule personne.»
Un cas évoqué par la RTS illustre les limites de l’actuelle politique de tolérance zéro: la promotion d’un chef de service malgré une condamnation pour harcèlement. Saitta tranche: «De telles promotions ne seront plus possibles à l’avenir.»

Ne pas oublier les victimes

David Gygax, secrétaire syndical du SSP-Vaud, se montre peu convaincu. «Pour l’instant, ce ne sont que des paroles», estime-t-il auprès la RTS. «Ce qui est nouveau c'est la publicité qui a été donnée à tout ca et la gestion de l'image du CHUV par la Direction générale aujourd'hui.»
Il insiste également sur l’importance de ne pas oublier les victimes: «Elles existent. Elles ont une carrière professionnelle qui a parfois été brisée, elles ont des vies qui ont parfois été brisées.» La tolérance zéro ayant été déclarée il y a plusieurs années déjà, Gygax s’interroge: «Qu'est-ce qui nous fait penser aujourd'hui que ce sera plus efficace?»
Seule une politique de sanctions effectives contre les auteurs de harcèlement pourrait enrayer ces abus. «On a plein de choses à dire pour faire fonctionner correctement un tel dispositif.»
Émission «Forum» de la RTS, entretien avec Gianni Saitta puis avec David Gygax (SSP-Vaud), le 26 février 2025.

Le reportage en question: «Harcèlement à l'hôpital, silence sous la blouse»: Temps Présent, RTS, 30 janvier 2025. Durée: 47:30 minutes.

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