Les établissements médico-sociaux (EMS) et psychiatriques socio-médicaux (EPSM) vaudois tirent la sonnette d’alarme. En cause: les économies prévues par le Conseil d’État dans le cadre du budget 2026.
Selon la faîtière Héviva, les mesures annoncées sont «disproportionnées» et «mettent en péril la qualité de vie des résidents».
Des coupes qui vont au-delà des objectifs annoncés
Le Conseil d’État prévoit une baisse tarifaire équivalente à 3 francs par journée d’hébergement, dans le but d’économiser 14,1 millions de francs sur le financement des EMS. Mais selon Héviva, la perte de financement sera plus proche de 20 millions – si on inclue les résidents autonomes financièrement.
Comme l’explique François Sénéchaud, secrétaire général de Héviva, cette réduction s’appliquera à l’ensemble des séniors, y compris ceux qui ne reçoivent pas de prestations complémentaires. «Donc le Canton va économiser 14 millions, mais pour les établissements la perte sera proche de 20 millions», précise-t-il dans «
24 heures».
Les EMS fragilisés par des coûts non compensés
Selon Héviva, les institutions ont déjà dû assumer de nombreux coûts supplémentaires sans financement de l’État, notamment:
- le temps de change du personnel, évalué à 180’000 francs par an pour un EMS de 100 lits;
- le recours au personnel intérimaire, pour environ 200’000 francs;
- la hausse des primes d’assurance perte de gain, représentant 40’000 francs par point de pourcentage;
- et les dépenses de cybersécurité, estimées à 7’000 francs.
Pour rappel: En 2023, un tiers des institutions étaient déjà déficitaires; le bénéfice cumulé du secteur atteignait à peine 1,7% du chiffre d’affaires total. Avec les coupes prévues, «les deux tiers des EMS/EPSM risquent de se trouver en déficit». alerte l'association.
Des économies qui passeront par l’assiette
Héviva dénonce également des coupes «disproportionnées par rapport aux autres acteurs»: les EMS devront économiser autant que le CHUV (20 millions de francs), alors que leur budget annuel est deux fois moindre (910 millions contre 2 milliards).
Matthieu Reymond, directeur de la Fondation des Noisetiers, illustre dans «24 heures» les conséquences de cette coupe budgetaire sur son EMS de La Lembaz, à Granges-près-Marnand: «Aujourd’hui, nous devons composer trois repas quotidiens avec 12 francs. Si nous devions le faire avec 9 francs, comment imaginer que la qualité ne baisserait pas?» D'où la question soulevée par le quotidien: Les résidents des EMS, seront-ils bientôt «
privés de dessert à cause des coupes budgétaires»?
Des mesures inopportunes
Pour Héviva, ces mesures sont surtout «inopportunes»: elles réduiront la capacité d’innovation des établissements, limiteront les projets d’aménagement et risquent d’aggraver la pénurie de places d’hébergement.
La faîtière appelle le Grand Conseil à refuser les coupes budgétaires, rappelant qu’il manque déjà plus de 600 places dans le canton.
«La population vaudoise paiera demain toute économie réalisée aujourd’hui», conclut Héviva dans son communiqué.