Le paysage hospitalier suisse est encore marqué par de petits hôpitaux régionaux indépendants accueillant 5'000 patients hospitalisés ou moins par an: environ 36% des 101 hôpitaux de soins aigus en faisaient partie en 2023. Mais ils sont particulièrement sous pression et cherchent de nouveaux modèles pour les soins de santé régionaux. En effet, les défis auxquels ils sont confrontés ne cessent de croître dans un secteur où la taille devient de plus en plus un avantage économique et qualitatif.
Leo Boos est partenaire de H Focus depuis 2008. Durant cette période, il a accompagné de nombreux projets stratégiques dans les hôpitaux et soutenu leur mise en œuvre. Avant 2008, il a dirigé pendant six ans l'hôpital Limmattal en tant que directeur.
Stephan Pahls est propriétaire et Managing Director de Pahls Management & Consulting, basé dans la région de Zurich. Depuis avril 2022, il conseille des entreprises et des organisations sur des questions stratégiques et opérationnelles. Il est également vice-président de Spital Lachen AG.
Les petits hôpitaux souvent dépassés financièrement
La tendance à la spécialisation de la médecine implique de recruter dans des régions plus étendues afin de pourvoir les postes qualifiés. Avant que les instruments numériques n’améliorent la qualité des diagnostics et la productivité administrative, il faut réaliser des investissements importants qui dépassent rapidement les capacités financières des petits établissements.
À cela s’ajoute un accroissement des coûts de régulation, quelle que soit la taille de l’hôpital. Parallèlement, la base économique des séjours hospitaliers, jusqu’ici porteuse, se réduit en raison de l’augmentation des traitements ambulatoires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôpital. Il en résulte un manque à gagner et des coûts non couverts.
«Pour exploiter tout le potentiel de tels regroupements, les hôpitaux régionaux doivent également adapter leur organisation médicale interne.»
Les groupes hospitaliers qui, comme dans les cantons de Lucerne, Obwald et Nidwald, réunissent sous un même toit des hôpitaux de centre et des hôpitaux régionaux, constituent un moyen important d’améliorer les conditions-cadres, notamment pour les petits établissements.
La population régionale a un accès plus facile aux connaissances médicales spécialisées. Grâce à la télémédecine, la qualité des diagnostics sur place augmente. Les emplois dans la région sont maintenus. Des économies d’échelle peuvent être réalisées pour les activités éloignées du patient.
Adieu au «centre hospitalier en format de poche»
Pour exploiter tout le potentiel de ces regroupements, les hôpitaux régionaux doivent également adapter leur organisation médicale interne. L’organisation jusqu’ici dominante consistant à gérer des cliniques avec lits ne correspond ni au mandat de prestations des soins médicaux de base, ni aux exigences de patients de plus en plus multimorbides, ni aux lois économiques.
Environ 70% des coûts stationnaires incombant aux hôpitaux demeurent indépendants du nombre de patients. Face à ces coûts fixes, les hôpitaux présentant un volume d’activité plus important peuvent travailler de manière plus rentable. En Suisse, l'organisation hospitalière avec des cliniques gérant des lits ne s'est avérée rentable qu'à partir d'environ 10'000 cas stationnaires par an.
Les structures cliniques, avec des services parallèles à différents niveaux hiérarchiques médicaux, ne sont ni nécessaires pour assurer la qualité et la sécurité des soins aux patients, ni économiquement viables lorsque le nombre de cas est réduit.
«Modèle d'hospitalisation»: évolution de l'organisation médicale
La médecine interne est au cœur de la nouvelle organisation médicale. Les internistes, spécialistes du «général», sont en effet prédestinés au traitement et à la prise en charge complète de patients dont les besoins médicaux sont de plus en plus complexes.
En tant que médecins hospitaliers, ils sont responsables de tous les patients hospitalisés dans un hôpital régional.
En collaboration avec les services d’anesthésie et de médecine intensive, ils assurent les soins médicaux de base à l’hôpital, y compris les soins d’urgence. Ils sont également chargés de la formation continue en médecine interne. Les médecins spécialistes en chirurgie et en médecine interne sont responsables des diagnostics, interventions et traitements spécialisés. Ils mettent leur expertise au service des patients dans des services interdisciplinaires.
«En Suisse, l'organisation hospitalière avec des cliniques gérant des lits ne s'est avérée rentable qu'à partir d'environ 10'000 cas stationnaires par an.»
La gestion des cas hospitaliers incombe toutefois aux hospitalistes, qui s’occupent exclusivement du volet stationnaire, tandis que les médecins spécialistes assurent les traitements (consultations, examens, interventions, opérations) des patients ambulatoires et stationnaires.
Cette approche constitue une évolution du modèle hospitalier largement répandu aux États-Unis, au Canada et en Australie.
La mise en œuvre pratique de tels modèles, qui repose sur une répartition claire des tâches et une orientation bien définie, démontre que les prestations ambulatoires peuvent également être fournies de manière rentable. En approuvant l’intégration de l’hôpital cantonal d’Obwald au sein du groupe LUKS, les électeurs obwaldiens ont pris une décision tournée vers l’avenir pour leur système de santé régional, qui, espérons-le, aura un effet signal au-delà de la Suisse centrale. Outre les groupes hospitaliers privés déjà présents dans tout le pays, les établissements publics pourraient également créer de nouvelles marges de manœuvre et adapter leurs prestations aux besoins en constituant des groupes hospitaliers intercantonaux.
Au-delà des économies d'échelle, les petits hôpitaux membres de groupes hospitaliers ont la possibilité d'adapter leur organisation aux besoins des patients d'aujourd'hui. Une telle démarche serait une étape importante pour garantir les soins hospitaliers, y compris dans les régions périphériques.